« Maman, papa, on dort où ce soir ? » – lettre aux responsables politiques

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Lettre ouverte adressée par le RESF 06 (Réseau Education Sans Frontières)

 A Monsieur le Président de la République, à mesdames et messieurs les ministres de l’Intérieur, des Affaires Sociales, de la Santé, de l’Éducation Nationale, de la Justice, de la Défense, à Monsieur le Défenseur des Droits, à tous nos responsables politiques, aux responsables de l’Administration, aux citoyen-ne-s de ce pays et d’ailleurs.

« Maman, papa, on dort où ce soir ? »

Phrase maintes fois entendue dans la bouche de gamins dont les parents ont quitté leur pays d’origine pour fuir la guerre, les violences, la misère…
Arrivés au pays des Droits de l’Homme, après de multiples voyages pas vraiment touristiques, ils espéraient enfin connaître le repos et retrouver un sentiment de sécurité nécessaire quand on est un enfant, et d’autant plus un enfant déraciné.

Et pourtant…

Dans notre département, des enfants aujourd’hui dorment dans la rue avec leurs parents venus demander l’asile ou tenter de trouver une vie meilleure, sans peur, sans faim, sans discrimination, en France, 5ème ou 6ème puissance mondiale, c’est selon, pas vraiment le Bangladesh ou l’Érythrée…
Comment peut-on  laisser dormir des enfants dans la rue dans un pays aussi riche ?
Comment peut-on tolérer que, ces jours-ci, à Nice, une femme enceinte de 9 mois, à une semaine d’accoucher, isolée et accompagnée de trois jeunes enfants, soit laissée dehors par les services de l’État censés mettre les personnes en état de fragilité à l’abri, et ceci sans conditions.
Des enfants qui, comme beaucoup d’autres, faute d’hébergement, et donc d’adresse, ne seront pas inscrits à l’école pourtant obligatoire.
Et puis comment aller à l’école quand on dort dans la rue, ou dans un squat, ou un appartement surpeuplé où des hommes et des femmes, par pitié ou par solidarité, les auront hébergés quelques jours ?

Qu’on ne nous dise pas qu’on ne peut accueillir toute la misère du monde, il ne s’agit pas ici de cela.
Il s’agit ici d’un droit qui n’est pas respecté ; ce droit s’applique à tous, français ou étrangers ; le droit à l’hébergement est un droit fondamental reconnu par les plus hautes instances de notre pays, de l’Europe et au niveau international.
Au-delà du droit, la simple humanité devrait nous empêcher de voir des situations où des enfants ici et aujourd’hui ont froid, ont faim, ont peur, parce qu’ils n’ont pas de toit sur la tête, pour de soi-disant questions de budgets, de place d’hébergement  insuffisantes, de crise économique…
La France consacre 32 milliards aux dépenses militaires, 16,8 milliards à la pauvreté et exclusion sociale, et 17,7 milliards au logement (Source : données issues des comptes de la protection sociale 2015, données 2013).

Parmi d’autres, entendez les réflexions de G. (6 ans), «Quand la maison a brûlé, on est parti avec papa et maman ; ils m’ont dit qu’on allait dans un pays où on serait en sécurité, où on n’aurait plus peur, où on pourrait dormir sans sursauter à chaque bruit, où j’irai à l’école et où il ferait bon vivre. Ils ne m’avaient pas dit qu’on dormirait dehors et qu’on devrait aller aux soupes populaires pour manger. J’avais des rêves, mais aujourd’hui je fais des cauchemars toutes les nuits».

Aujourd’hui, face à toutes ces maltraitances nous disons «ça suffit ! », et nous exigeons que des solutions soient apportées à ce scandale. Devra-t-on, en 2016 à Nice, accoucher dans la rue sur des couvertures apportées par un 115 débordé et impuissant ?
Devra-t-on encore voir des mineur-e-s isolé-e-s provenant de pays en guerre, être jetés à la rue parce que le Conseil Départemental se dit saturé, comme nous l’avons vécu ces dernières semaines ?
La France aurait-elle renoncé à appliquer  la Convention Internationale des droits de l’enfant, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Convention de Genève… ?

L’absence de réponse des services de l’état, du département, de la commune, est inadmissible ; les droits humains sont violés chaque jour.
S’il n’y a plus de place dans les CADA (Centre d’Accueil pour les Demandeurs d’Asile), les hôtels, et autres hébergements d’urgence, Monsieur le Préfet, comme vous en avez le pouvoir, REQUISITIONNEZ !
Il y a dans cette même ville et ce département des milliers de logements, des milliers de bureaux neufs, des immeubles appartenant à l’état, au département et à la ville, VIDES !
Des hommes, des femmes, des enfants en demande d’asile dorment sur la plage, dans les jardins, dans la rue ; il est de votre devoir et du devoir de l’État de les héberger dans des conditions dignes.
Vous en avez le pouvoir, alors AGISSEZ !

Nous sommes las et indignés de devoir suppléer vos carences en tentant d’apporter un peu d’humanité, sans aucuns moyens. Notre longue patience est terminée.

RESF 06 ( AdN est membre de RESF06 )

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