Nice : un ministère très à la droite de Dieu ?

Mise à jour du 9 décembre 2020. La paroisse de Saint-Pierre d’Arène pointe au prétoire plutôt qu’au confessionnal. Le père Gil Fiorini est condamné en correctionnelle à sept mois de prison avec sursis pour avoir facilité le détournement de 57 pièces d’or, legs effectué par une niçoise à la paroisse. Arguant qu’il n’a pas collaboré avec le malfrat (économe-adjoint du diocèse) mais lui avoir plutôt tendu un piège, il fait appel. A suivre.

Mise à jour du 13 octobre 2019. La Justice a finalement condamné Philippe Pradal, premier adjoint à la Mairie de Nice, et Maire éphémère, à 50 000 euros d’amende dont 25 000 euros avec sursis pour prise illégale d’intérêt, suite à une plainte d’Anticor (qui recevra 5000 euros). A l’origine de la plainte, une subvention de la Ville de Nice de 1,5 million d’euros, qui ont permis d’aménager le sous-sol de l’église Saint-Pierre d’Arène, gérée par une association dont le premier adjoint est alors trésorier. Si Philippe Pradal n’a pas pris part aux votes, il aurait dû, en revanche, sortir de l’hémicycle, comme l’exige la loi.

Mise à jour du 10 avril 2019. Décidément, l’extrême-droite est dans son jardin au Forum Jorge François. Une réunion publique de Nicolas Dupont-Aignan y aura lieu cette fin de semaine, annoncée par Nice-Matin le 09/04. Peut-être aura-t-il l’occasion d’y croiser l’Evêque de Nice, qui n’a pas daigné répondre à nos courriers ? Pour rappel, Dupont-Aignan est candidat aux prochaines élections Européennes, et s’est brièvement allié avec Marine Le Pen le temps de l’entre-deux tours de la dernière présidentielle – il devait même devenir son premier ministre en cas de succès.

Article original, 4 janvier 2019 :

Une soirée chez Jorge
Le 12 octobre dernier s’est tenue à Nice une présentation du livre ‘La France interdite‘, de Laurent Obertone, dans la salle des Abbés du Forum Jorge François, faisant lui-même partie de la paroisse Saint-Ambroise (église Saint-Pierre d’Arène) à Nice. Selon la page facebook associée à la soirée : « Un livre choc, une vraie bombe pour la bien-pensance, une enquête sur un sujet tabou : LA DISPARITION D’UNE NATION ! ». Cet auteur, se présentant comme journaliste indépendant et écrivant sous un pseudonyme, vit son livre précédent (‘La France orange mécanique‘) promu activement par Marine Le Pen. Traité de blogueur raciste par Mediapart, Obertone attaque le media en 2013 mais se désiste finalement « pour raisons personnelles ». Son éditeur, Ring, publie également les bandes-dessinées de Marsault, souvent considéré à l’extrême droite, qui sera jugé en 2019 pour « provocation publique à la haine et à la violence en raison du sexe« . Cette maison d’édition fut créée à la suite de la publication du magazine « Sur le ring », dont un des buts était de « poser une bombe dans la sale ambiance humaniste ». D’après un témoignage photographique de cette présentation, on voit l’auteur faisant face à un public de dos, mais assis aux côtés de Mme Alexandra Masson-Bettati (épouse d’Olivier Bettati, ex-candidat FN). Bryan Masson (Front National Jeunes de Nice, Génération Nation 06) pose également à côté de l’auteur et son livre sur un autre cliché, avec trois autres membres de son mouvement. Cette visite niçoise intervient deux jours après une présentation donnée par Obertone à l’ISSEP (l’institut de sciences politiques ouvert par Marion Maréchal Le Pen).

Saint-Pierre s’habille en Pradal
Une fois les acteurs plus ou moins identifiés, passons au complément circonstanciel de lieu. Le Forum Jorge François est un lieu immense, occupant 1400 mètres carrés intégralement rénovés dans les sous-sols de l’église Saint Pierre d’Arène. Ouvert en décembre 2014, le Centre Culturel et Diaconie Saint-Pierre d’Arène (association déclarée en préfecture en 2012) put le financer comme suit : paroisse – 1 million € ; mairie de Nice – 1,5 millions € par subvention ; conseil général – 500.000 € par subvention. En sus, le 14/02/2013, la Ville de Nice a consenti à titre gratuit un bail pour les locaux situés rue de France, estimé à 7000 € annuels. Pour les autres associations de Nice, il faudra faire vœu de pauvreté.
Puisqu’on parle de gros sous, on voit un même nom de famille revenir plusieurs fois quand on s’intéresse aux comptes de l’association et du projet. Mme Anne Pradal (décédée en 2012) fut la première donatrice. Son époux, Alain Pradal, est actuellement l’économe paroissial. Quant à Philippe Pradal, un des fils, il est le gérant du cabinet d’expert-comptable travaillant pour la Diaconie (du moins pour l’année 2014). Il fut en outre Trésorier de l’association jusqu’en 2013, puis administrateur. En outre, il devient conseiller municipal subdélégué aux comptes publics en 2008, premier adjoint en 2013 puis, réélu en 2014, il retrouve son poste de premier adjoint au maire, notamment délégué aux finances. Enfin, il remplace brièvement C. Estrosi au poste de Maire lorsque celui-ci devient président de la région PACA. La fiche de déclaration d’intérêts qu’il transmet auprès de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique, établie en mai 2017, mentionne ces possibles conflits d’intérêts.

Du spirituel aux spiritueux
Côté spirituel, on trouve de bien curieux personnages. Le père Gil Fiorini, bien évidemment. Produisant son ‘pastis de Nice’, il dispose d’un site de vente en ligne et d’une grande boutique dans le centre-ville. L’homme ultra-médiatique bénit également les animaux et téléphones portables, ou n’importe quoi d’autre qui puisse faire entrer du monde dans ‘son’ église.

Messe noire pour artistes d’opérette
Mais, pour en revenir à l’objet premier de cet article, il faut également se pencher sur le cas de l’aumônier des artistes Yves-Marie Lequin, son acolyte Dominicain. Celui-ci officie la Messe des Artistes annuelle. Cette célébration est un concept que l’on doit à Adolphe Willette en 1914 : antidreyfusard durant l’affaire Dreyfus, collaborateur du journal « La libre parole illustrée » publié par le politicien antisémite Edouard Drumont, il se présente 1889_French_election_poster_for_antisemitic_candidate_Adolphe_Willetteégalement aux élections législatives de 1889 à Paris, avec une affiche qui ne laisse guère de doute (voir ci-contre). Un square parisien (au pied du Sacré Coeur) portera cependant son nom à partir de 1927, et deviendra d’ailleurs un lieu de rassemblement des catholiques intégristes de Saint Nicolas du Chardonnet chaque lundi soir de Pentecôte. Plusieurs voix s’élèvent au sein du Conseil de Quartier Montmartre (qui propose une liste de noms alternatifs pour ce square le 25 mars 2003), et un vœu est déposé le 23 juin 2003 au Conseil Municipal du 18° Arrondissement afin de débaptiser ce lieu (« La nomination du square nommé Willette posait un problème et a sûrement, pendant de nombreuses années, choqué celles et ceux qui estimaient que c’était quand même extrêmement dommageable, le mot est faible, mais je n’en trouve pas d’autres » – Mme Lepetit, Conseillère). Ce vœu est adopté à l’unanimité. Le square sera rebaptisé (résolution adoptée lors du Conseil du 1° décembre 2003) « Square Louise Michel« , le 28 février 2004.  Tous ces ‘détails’ affligeants sont malheureusement absents de la biographie qui lui est consacrée sur le site des Dominicains de Nice. Malgré nos avertissements répétés depuis 2014 (et annuels, eux aussi), relayés par une sphère artistique pourtant de plus en plus large, on y retrouve encore de trop nombreux créateurs (plasticiens et plasticiennes, danseurs et danseuses, acteurs et actrices de théâtre ou d’opérette) qui trouvent là l’occasion de se greffer un peu de lumière. Les médias locaux valent sans doute bien une messe !

Fachosphère ! Fachosphère ! Est-ce que j’ai une gueule de fachosphère ?
Quand on regarde de plus près la page web de Frère Lequin lui-même, on note également cette phrase apparaissant dans sa biographie (oui, il parle bien de lui-même à la troisième personne): « Il a travaillé dans le domaine esthétique avec Julia Kristeva, Renaud Camus, le peintre Jean-Paul Marcheschi, l’écrivain Emmanuel Carrère« . Ce sont les quatre seuls artistes cités en sus de Willette. Renaud Camus, c’est l’instigateur de la théorie ‘du grand remplacement’ chère à Marine Le Pen (qu’il a soutenue) et à tous les complotistes de la fachosphère. La rencontre entre Lequin et Renaud Camus date de 1997, lors des Devisées de Plieux, se déroulant au Château du même nom, domicile de Renaud Camus. On en trouve la trace dans son ouvrage ‘Derniers jours – Journal de 1997‘ (publié en 2002). En mars 2013, Renaud Camus fait partie des invités d’une soirée donnée par… le peintre Jean-Paul Marcheschi à laquelle étaient également conviés Alain Finkielkraut, Pierre Sautarel (créateur du site identitaire Fdesouche), Elisabeth Lévy (Causeur), Richard Millet (auteur qui considère Anders Breivik comme « tout à la fois bourreau et victime »),  Christine Tasin (Résistance Républicaine) et son mari Pierre Cassen (fondateur du site riposte laïque) (source : La Fachosphère. Comment l’extrême droite remporte la bataille d’Internet, par Dominique Albertini et David Doucet). Le Diable se cache donc peut-être dans ces quelques détails.

Postscript janvier 2019

Nous avions écrit à l’Evêque de Nice le 17/10/2018 afin qu’il nous éclaire un peu sur cette situation. Malheureusement, notre courrier est resté sans réponse. Nous lui avons donc réitéré notre demande.

Quelques lectures :
https://www.lesinrocks.com/…/ring-l%c3%a9diteur-trash-qui-…/
https://blogs.mediapart.fr/…/laurent-obertone-se-desiste-de…
https://www.arretsurimages.net/…/cyber-demasque-par-mediapa…
https://larmurerie.wordpress.com/…/la-france-orange-mecani…/
http://tantquillefaudra.org/…/…/ring-l-editeur-au-coeur-de-l
http://www.lesdominicains.com/messe-des-artistes/

http://www.yvesmarielequin.com/yves-marie-lequin/

Assemblée générale de l’AdN.

Notre assemblée générale annuelle se tiendra le VENDREDI 11 DECEMBRE 2020 à 19H00. Dans les conditions sanitaires exceptionnelles de cette fin d’année, nous ne pourrons malheureusement pas organiser cette réunion en présentiel. Ainsi, cette AG se déroulera à distance, par l’intermédiaire d’une vidéo-conférence ZOOM. Pour y participer, il vous suffira de cliquer sur un lien que nous vous ferons parvenir par email quelques jours avant. Si vous désirez y participer, merci de nous adresser un message  afin que nous puissions vous ajouter à notre liste d’envoi, et de remplir et nous renvoyer le formulaire d’adhésion, accompagné de votre cotisation. Sur ce formulaire, vous trouverez également l’acte de candidature au Conseil d’Administration à remplir le cas échéant. Il est rappelé qu’en ce qui concerne les élections du CA, ne pourront voter que les adhérents à jour de leur cotisation.

Les personnes qui ne pourront pas assister à l’AG peuvent nous envoyer leur pouvoir rempli et signé afin de déléguer leur vote. Un maximum de 3 pouvoirs par personne présente le jour de l’AG est autorisé. Les candidatures au CA sont vivement souhaitées. Merci de nous rejoindre !

Lors de cette réunion, nous aborderons l’ordre du jour suivant :

  • Rapport d’activités.
  • Rapport financier.
  • Election du CA.
  • Questions diverses. Toutes vos remarques constructives et créatives seront les bienvenues !

Nous aurions voulu, comme de coutume, passer ensemble une soirée conviviale autour d’un buffet partagé. Nous comptons toutefois sur votre présence afin d’entamer dans la plus grande motivation la trentième année de notre association.

A vos libraires !

Les librairies ont rouvert ! L’occasion de vous procurer et/ou d’offrir deux ouvrages importants sur la question des réfugiés dans notre région.

Les Sentinelles – chroniques de la fraternité à Vintimille (Max Milo, 2020), est un ouvrage cosigné par la militante des droits humains Teresa Maffeis et la journaliste Aurélie Selvi. Ecrit comme un journal de bord débutant en 2015, il retrace les actes de « nombreux citoyens, connus ou inconnus, boulanger ou retraité, princesse ou ouvrier, anarchiste ou curé, qui se mobilisent, qui collectent des vêtements et de la nourriture, qui manifestent avec les réfugiés, qui dénoncent l’illégalité de pratiques policières et qui doivent se défendre devant les tribunaux » en leur donnant la parole. (voir la page associée sur ce site)

Le Manège Des Frontières : criminalisation des migrations et solidarités dans les Alpes Maritimes (Le Passager Clandestin, 2020) est le premier ouvrage collectif de l’Observatoire des migrations dans les Alpes-Maritimes. Soutenu par l’Université Côte d’Azur et hébergé par la Maison des Sciences Humaines et Sociales Sud-Est, l’Observatoire est né de l’initiative d’un groupe de chercheur.e.s venant des laboratoires ERMES et URMIS. Il réunit aujourd’hui des sociologues, anthropologues, politistes et historien·nes, ainsi que des acteur·ices de la société civile. Grâce à ce croisement des regards interdisciplinaire et ancré sur le terrain, l’ouvrage propose une analyse approfondie des contrôles migratoires mis en place à cette frontière depuis 2015, des processus de frontiérisation qui touchent les territoires urbains et ruraux de la région, ainsi que des mobilisations que ces phénomènes ont suscitées.

 

Contre la loi de sécurité globale

« Loi sécurité globale »
Nice, showroom des lois Macron

(L’AdN a participé au rassemblement du 5 décembre et restera mobilisée)

Lors du débat parlementaire autour de la proposition de loi dite « sécurité globale », de nombreux concitoyens et concitoyennes ont découvert l’ampleur du futur schéma de restriction de l’Etat de droit. Même si l’article 24 dont l’objectif était de neutraliser toute diffusion d’image qui ne conviendrait pas à la police va être réécrit, la proposition de loi contient d’inquiétantes dispositions dont plusieurs ont déjà été expérimentées à Nice.

Polices municipales

Que fait la ville de Nice ? Elle met à la tête du CSU, là où converge toute la vidéosurveillance, une « hiérarque de la police municipale et proche du maire » (Nice-Matin 20/2/2020) ; elle recrute un directeur de la police municipale jugé incompétent par les tribunaux (20 Minutes 30/10/2017); elle nomme « un ancien patron de la police municipale de Nice mis en examen pour association de malfaiteurs » (Nice-Matin 21/11/2020).

Que prévoit cette loi ? Une forte extension des prérogatives des polices municipales (constatation de nouvelles infractions : occupation de halls d’immeubles, usage de stupéfiants, vente à la sauvette, conduite sans permis, vandalisme, etc.) ainsi que des compétences de police judiciaire, sans pour autant prévoir des dispositions garantissant la neutralité effective des polices municipales vis-à-vis des pouvoirs politiques locaux.

Drones, vidéosurveillance et reconnaissance faciale

Que fait la ville de Nice ? Une débauche de technologies intrusives qui ne nous a pas protégés des attentats. Au-delà des 3800 caméras de vidéosurveillance, de « Smart city » qui poursuit son développement en toute opacité malgré son projet d’espionnage des « bruits faibles » dans les réseaux sociaux, de « Reporty » et autres « reconnaissances d’émotions », la ville de Nice a mené une « expérience » de reconnaissance faciale qui a été épinglée par la CNIL et une « expérience » de reconnaissance faciale à l’entrée d’un lycée niçois qui a été stoppée net par le tribunal administratif. Pendant le premier confinement, les drones d’une société privée ont survolé la ville pour repérer les personnes qui ne portaient pas de masque, les apostropher à l’aide d’un hautparleur et diriger les équipages de la police municipale vers les contrevenants ; cette « expérience » a été arrêté après une décision du conseil d’Etat.

Que prévoit la loi ? L’utilisation des drones sera autorisée soit à titre préventif, par exemple pour faciliter le « nassage » de manifestants, soit pour « la recherche, la constatation, la poursuite d’infractions pénales ». Les drones vont pouvoir désormais survoler en permanence les quartiers populaires et collecter des informations renvoyées vers les CSU sous la coupe des polices municipales. Tous les amendements tendant à interdire la reconnaissance faciale à partir de drones, hélicoptères ou avions ont été rejetés.

D’abord à Nice, puis dans toute la France, un univers oppressant se dessine à très court terme, celui d’une surveillance sans contre-pouvoir, omniprésente, multiforme et invisible, dont l’objectif principal est d’intimider, de dissuader et d’entraver les actions de tout contradicteur, syndicaliste ou opposant. 

Premiers signataires : ADN – LDH – MRAP – Tous Citoyens – Uni.e.s Nice.
La liste des signataires sera mise à jour ici : http://site.ldh-france.org/nice/ et ici : www.facebook.com/ldhnice