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Abstentionniste : la République, c’est toi aussi !

Selon une tendance constante depuis 1980-1990, les élections législatives sont de plus en plus boudées. Si la participation était alors de l’ordre de 80% au premier tour, elle était d’à peine 50% en 2022. Environ un tiers des votants de 1981 s’est donc volatilisé malgré la stabilité des inscriptions sur les listes électorales (environ 90% des personnes ayant le droit de vote sur notre territoire). A contrario,  les élections présidentielles mobilisent plutôt bien la population, alors que les élections européennes voient la participation s’accroître régulièrement depuis 2009. La représentation nationale n’a donc pas franchement le vent en poupe. Et pourtant, elle décide de notre quotidien, bien plus que le Parlement Européen ou notre Conseil Municipal.

Le profil des abstentionnistes s’est affiné au fil du temps : l’abstention devient de plus en plus importante dans les couches les plus populaires (avec un écart actuel d’environ 30% avec les classes les plus bourgeoises), dans les métropoles et leurs banlieues, chez les personnes les moins diplômées, chez les ouvriers et les employés. Le scrutin législatif suscite également une désaffection croissant avec la jeunesse des citoyen.nes. Enfin, on constate également une diminution de l’intérêt envers le vote de la part de la population d’origine étrangère.

Cette chute progressive est parfois interprétée comme la marque d’un individualisme plus prégnant, le vote étant désormais considéré plus comme un droit classique que comme un devoir moral – et dont chacun.e use de manière intermittente au gré de ses propres préoccupations. D’ailleurs, l’abstention – premier mouvement politique de France ? – est de plus en plus présentée comme un choix politique et non comme un désintérêt envers la chose politique. Quoi qu’il en soit, la conséquence en est à la fois dramatique et potentiellement inéluctable : le corps électoral est sociologiquement de plus en plus déconnecté de l’ensemble de la population. Fort logiquement, la nature des élus et la politique menée suivent le mouvement et nos député.es ne sont plus représentatifs que d’une minorité (avec par exemple la disparition quasi-totale d’ouvriers à l’Assemblée Nationale). En retour, cette déconnection croissante démotive d’autant plus les classes qui rechignaient déjà à voter. Et le jeune, économiquement modeste, d’origine étrangère, finira par devoir vivre dans une société établie par et pour des vieux, riches et plutôt blancs. En clair, un piège s’est mis en place : abstentionniste, moins tu votes maintenant et moins tu auras envie de voter plus tard – il te faut sortir de cette spirale sans attendre. Notre biodiversité politique pourrait disparaître par ce simple mécanisme, démocratique dans sa forme, sans nécessairement attendre la mise en place d’un régime purement autoritaire.

Toutefois, les déçu.es de la politique en général et de ses représentant.es ne s’abstiennent pas dans leur ensemble : à la Présidentielle de 2017, environ la moitié de ces personnes ont voté pour la candidature estimée comme la moins pire. Avant de s’abstenir, il faut donc réaliser cet exercice minimal : classer toutes les candidatures par ordre de préférence. Puis, faire face à sa propre responsabilité : car ne pas voter pour la candidature dont on se sent le plus proche fait automatiquement monter le score de celles dont on se sent le plus éloigné. Ce sont les mathématiques qui le disent. D’un point de vue très concret, un comportement différent des électeurs et électrices lors des législatives de 2022 aurait pu changer la donne : au premier tour, la NUPES recueillit 25,66% des suffrages, juste derrière la majorité présidentielle (25,75%). Or, les électorats de Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot ne se sont mobilisés qu’à hauteur de 50% – alors que ceux d’Emmanuel Macron et Valérie Pécresse ont voté à 60%. Même s’il faut tenir compte du fait qu’il s’agit d’un scrutin de type majoritaire à deux tours, cette abstention différenciée a forcément pénalisé les forces progressistes et favorisé le bloc libéral. Mais connaître son existence et son effet donne aussi l’espoir de ne pas se faire avoir une nouvelle fois, à condition de se déplacer aux urnes.

Un dernier mot sur les investitures et les lamentables règlements de compte qui ont touché le Front Populaire, écornant si tôt de belles pages encore à écrire : le phénomène n’est pas nouveau, en temps de crise et d’élection, la démocratie parfois s’égare. Mais l’urgence est ailleurs : certains médias sont trop heureux de faire diversion face à la pantalonnade du camp Ciotti. Ne gâchons donc pas la possibilité de faire la fête dans cinq cent soixante-douze circonscriptions pour cinq conflits de casting et de personnes. Surtout quand, en face, la droite précédemment républicaine s’offre lascivement en Anschluss au fascisme qui voudrait tant venir.

Le 30 juin et le 7 juillet, à Nice et ailleurs, votons en masse contre l’extrême-droite – qu’elle soit masquée ou non.

Abstenons-nous de nous abstenir !

 

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Sources des données :

Photo : Jean-Pierre Rey

Législatives 2024

Mis à jour le 22 juin.

Les initiatives

Dans son delirium tremens, Macron emploie contre l’extrême-droite la tactique de la campagne Blitzkrieg. Usant de leur vieux stock de slogans, RN et consorts ont la partie trop belle dans ces conditions. Alors pendant ces quinze jours, il est nécessaire de se mobiliser, rencontrer et motiver les forces vives de la démocratie. Voilà où et quand (et bien sûr, faites-nous parvenir vos initiatives) :

  • Vendredi 14 juin, 19h, place Garibaldi à Nice : rassemblement festif et unitaire à l’appel de la Coopérative des Luttes.
  • Samedi 15 juin, 11h, place Masséna, à Nice : manifestation à l’appel de l’intersyndicale (CGT / FSU / Solidaires).
  • Dimanche 23 juin, 14h, Espace Jean Ferrat à Drap : marche contre l’extrême-droite.
  • Dimanche 23 juin, 15h, Place Garibaldi à Nice : manifestation contre tous les racismes et l’antisémitisme.
  • Dimanche 23 juin, 16h, Place Île de Beauté à Nice : pink parade.
Comment voter / donner procuration

Le gouvernement a malheureusement annoncé très vite que l’inscription sur les listes électorales ne serait pas réouverte avant ce scrutin majeur. Si vous n’êtes pas inscrit.e, aucune chance de participer – si ce n’est en filant un coup de main aux candidat.es que vous appréciez. Si vous constatez avoir été radié.e, vous pouvez toujours formuler un recours. Les divers cas sont clairement expliqués ici, alors dépêchez-vous !

Au vu des dates des deux scrutins (30 juin et 7 juillet), nombre d’entre vous ne pourront être physiquement présent.es le jour du vote. Vous pouvez cependant donner procuration.
ATTENTION : tout comme le vote, la procuration n’est pas un jouet. Donnez cette procuration à une personne en qui vous avez confiance. Plusieurs sites internet proposent de mettre en relation des électeurs et électrices afin de faciliter ce procédé. Mais au final, vous ne savez rien de la personne qui votera pour vous, et un détournement de votre voix vers un adversaire politique est donc toujours possible.
Pour donner procuration, toute la procédure est expliquée ici.

Pour qui voter ?

Comme d’habitude, l’AdN laisse l’entière responsabilité de leur vote à ceux et celles qui participent au scrutin. Comme d’habitude, l’AdN appelle très clairement à voter pour des candidat.es portant haut les couleurs de liberté et de tolérance – et à rejeter avec force ceux et celles qui prônent la haine et l’exclusion.

Les élections à Nice et dans sa région nous ont appris une leçon – toujours la même : la perméabilité entre droite et extrême-droite y est parfaitement établie et très bien entretenue. La droite dite ‘Républicaine’ s’est rangée sans sourciller derrière Jacques Peyrat après que celui-ci ait migré (!) du FN au RPR. Avant lui, Jacques Médecin fit planer un âcre parfum d’apartheid sud-africain sur la ville. Enfin, Christian Estrosi ne s’est jamais privé, au nom de son intérêt personnel, de prôner l’union avec le FN pour faire barrage à la gauche au Conseil régional. Le pathétique épisode Ciotti n’est donc que la n-ième reprise d’une pièce que l’on a déjà bien trop jouée ici – et qui, malheureusement, semble très bien s’exporter.

Dans un article précédent, nous militions pour l’union de forces progressistes afin de faire face à la catastrophe que la presse semble annoncer, voire souhaiter. Le Front Populaire, né hier, est une avancée significative. Pour faire son choix, il faudra toutefois attendre dimanche soir pour le dépôt définitif des listes – et surtout des programmes. Nous y reviendrons.

Elections législatives de juin 2024

Suite au « choc » de la soirée du 9 juin, mais que l’on voyait tout de même venir depuis longtemps, le vieux réflexe des manifestations du type « rassemblement CONTRE l’extrême-droite » va sans doute ressortir de son carton, pensant s’en tirer à bon compte. L’AdN est bien placée pour savoir qu’une telle initiative a fait long feu : porteuse d’espoir et motivante dans les années 90, elle est progressivement devenue tarte à la crème puis, après 30 années, la crème a fini par tourner. A nos dépens.

Loin de nous l’idée de bannir les rassemblements antifascistes, démonstration physique, vitale et souvent joyeuse des forces prêtes à lutter et voter, mais l’urgence ne nous semble pas là pour le moment. L’urgence, c’est le dépôt des candidatures et des professions de foi pour les élections législatives à venir à la fin de ce mois. Ce dépôt doit s’effectuer au plus tard le 14 juin (à confirmer), la campagne devant commencer le 17. L’urgence, c’est surtout de proposer une alternative à l’accession au pouvoir de l’extrême-droite, aux trop nombreuses accointances avec une droite dont tout ce qu’il pourrait rester de républicain semble être les couleurs de son logo. L’urgence, c’est de stopper l’hémorragie sociale que la majorité gouvernementale entretient à grands coups de machette portés sur celles et ceux qui ne sont pas les plus forts. L’urgence, c’est de pousser les forces de gauche à s’unir et proposer une candidature unique dans chaque circonscription. L’urgence, c’est que cette semaine la gauche soit plus radicale et exigeante avec elle-même pour commencer.

L’AdN espère donc que les responsabilités seront prises tant au niveau national que local, les égos gommés – et que de meilleures nouvelles arriveront sous peu de la santé démocratique de notre ville, de notre région et de notre République. Après tout, la liste conduite par Jordan Bardella n’a reçu les suffrages que d’un peu moins de 16% des personnes inscrites sur les listes électorales – l’AdN attend donc beaucoup d’un appel clair au rassemblement émanant des forces de gauche – plus particulièrement sur les bulletins de vote. Assez des cris d’orfraie qui se perdent dans le néant.

PS : au vu de la date des scrutins de premier et deuxième tour, pensez à donner procuration pour exprimer votre vote.

« Pierre, Feuille, Pistolet » au Cinéma de Beaulieu / Séance dédiée à Teresa Maffeis

Pierre, Feuille, Pistolet
de Maciek Hamela
Dimanche 24 mars – 17h
Cinéma de Beaulieu
Séance dédiée à Teresa Maffeis

Le festival Au Cinéma pour les Droits Humains, organisé par Amnesty International, poursuit sa route en ce mois de mars. Il investira dimanche prochain le petit écrin que constitue le Cinéma de Beaulieu.

Teresa Maffeis anima une centaine de séances de ciné-débat AdN pendant plus de 10 ans, et fut également ces dernières années membre du comité de sélection de ce festival. Une séance lui est donc, comme chaque année, dédiée. Portant sur la thématique des réfugié.es, elle constituera également un Prélude au Printemps des Migrations qui y est associé et se déroulera à Nice du 6 au 24 avril.

Dans ce film documentaire de 85 minutes, un véhicule polonais sillonne les routes d’Ukraine. À son bord, des personnes sont évacuées suite à l’invasion russe. Le van devient un refuge fragile et transitoire, une zone de confidences et d’aveux d’exilés qui n’ont qu’un objectif, échapper à la guerre. Sélectionné à Cannes en 2023 à l’Acid, le film sera suivi d’un débat en présence de Jean-Marie Gigon, son producteur.

Le flyer pour la séance est ici.

Festival AU CINEMA POUR LES DROITS HUMAINS

L’édition 2024 du Festival de Cinéma d’Amnesty International se déroule tout le mois de Mars, à Nice et dans tout le Sud-Est de la France. Le programme du festival est accessible ici.

En ce qui concerne Nice et sa région, après une ouverture au Cinéma Rialto avec le film « Inchallah un fils« , les projections se poursuivent à Nice au Cinéma Belmondo, place Garibaldi. Le programme détaillé est accessible ici. Les dates à retenir sont :

  • 3 mars, à 16h, Là où Dieu n’est pas, de Mehran Tamadon (qui sera présent)
  • 10 mars à 16h, La vie devant elle, de Manon Loiseau
  • 17 mars à 16h, Tiou Dou Goun, le village du futur, de Gail Malbete
  • 23 mars à 20h, soirée de court-métrages
  • 29 mars à 20h, The old oak, de Ken Loach
  • 31 mars à 16h, Sinjar, naissance de fantômes, de Alex Liebert

Des projections auront également lieu à la Médiathèque Raoul Mille, place du Général de Gaulle.

Enfin, le 24 mars à 17h, une projection au Cinéma de Beaulieu-sur-Mer en partenariat avec l’AdN, autour du film Pierre, feuille, pistolet, de Maciek Hamela, en présence de Jean-Marie Gigon (producteur du film). Cette projection est dédiée, comme l’an passé au même endroit, à Teresa Maffeis. Elle sera également associée au festival Le Printemps des Migrations (tout le mois d’avril à Nice, programme complet à venir).