Un peu de répit pour les migrants de Vintimille

Ce dimanche matin 29 mai  , les  bénévoles des associations de La Roya, très mobilisées depuis toujours, ont confectionné un repas pour 230 migrants dans la cuisine de la Caritas de Vintimille. Cette dernière a ouvert ses portes exceptionnellement samedi et dimanche, afin que les migrants qui vivent dans une très grande précarité puissent avoir de bons repas.
De nombreuses personnes continuent à répondre aux appels à collectes et cette solidarité n’a pas faibli depuis le 9 juin 2015, date à laquelle le Préfet des Alpes Maritimes a décidé de fermer la frontière aux gens de couleur (ce qu’il récuse bien sur).

P1270695Après ce beau moment de partage, les migrants sont allés vider le campement sous le pont de La Roya  pour se conformer à  l’arrêté d’évacuation dont le terme venait à expiration ce dimanche midi. Ils ont nettoyé ce qu’ils ont pu malgré la pluie battante et sont partis silencieux, en file indienne, emportant des tentes en mauvais état, quelques rares vêtements et couvertures, afin de rejoindre la plage accompagnés par des militants italiens et français.

P1270795Arrivés trempés, ils ont installé les quelques tentes qui étaient encore un bon état. Après une discussion entre eux, ils se sont résignés à rester sur la plage, fatigués de fuir, fatigués des interpellations policières.

Lundi 31 mai : Un bus est parti ce matin tôt direction Trapani avec une trentaine de migrants. La police les traque dans Vintimille mais ils sont désormais à l’abri sous la protection de l’Eglise. Beaucoup ont réussi à partir. Ils sont épuisés . Certains m’ont dit qu’il étaient prêts à P1270788retourner dans leur pays pour y mourir.

Une bonne nouvelle, grâce à l’action de père François qui a accueilli ce matin les migrants chassés du campement et de l’évêque Suetta qui lance un appel aux prêtres du diocèse et annonce la construction d’un village de tentes à Bordighera pour les migrants

Mardi 31 mai :  Ce matin, ils ont décidé de faire une marche silencieuse et symbolique en direction de la frontière franco-italienne. Ils ont été stoppés par la police italienne, et ont entamé un sitting silencieux, refusant toute nourriture et boisson. Un accord a été trouvé : la Caritas a proposé de les héberger dans leurs locaux dans l’attente d’une confirmation d’un autre lieu diocésain plus adapté. Ils sont cependant interdits de toute sortie à Vintimille, que ce soit devant la gare ou dans la ville.
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A 21 40 Après une journée d’inquiétude les migrants accueillis par la Caritas ont été hébergés hier soir  à l Église San Antonio à Roverino

 La collecte continue

 

Les migrants chassés de Vintimille

Ministre vintimille 7-5-2016Samedi 7 mai :  Angelino Alfano, le ministre de l’intérieur italien en visite à Vintimille, a annoncé que le centre d’accueil pour les migrants de la gare géré par la Croix rouge italienne sera fermé car « Il n’y a plus de situation d’urgence ».

Il avait fait disparaitre  tous  les migrants qui dormaient autour de la gare et s ‘est étonné que l’on se plaigne car la Place était libre ; ce qui a fortement déplu au maire de Vintimille  qui a refusé de le rencontrer… Ce ministre n’a pas bonne réputation : comme une partie des élus de son parti (Nouveau  Centre Droit) il a été mis en examen  pour abus de pouvoir, truquage des offres et même pour collusion avec la mafia. Il a été acquitté.
Il a annoncé le renforcement des contrôles policiers dans les trains venant d’Italie pour  faire descendre les migrants avant Vintimille et promis de les en éloigner, de les re-localiser et de leur faire comprendre qu’ils ne rentreraient pas en France de ce côté-la. 60 policiers et 60 militaires viendront renforcer les effectifs. Le  gouverneur de la Région et les élus locaux qui avaient sollicité l’intervention du ministre n’ont pas manqué de rappeler tous les dommages subis par la population et les touristes qui étaient présents sur place  pour se lamenter…

Ces mesures ont été mises en application  très rapidement. Dès ???????????????????????????????lundi, le centre d’hébergement de la gare géré par la Croix Rouge Italienne a commencé à se vider de ses occupants qui ont été transférés, soit à Gènes soit dans d’autres villes afin de les identifier et de  finaliser leurs demandes d’asile que la plupart n’obtiendront  sans doute pas.  Beaucoup ont déjà obtenu une obligation de quitter le territoire italien .Pour les migrants qui  dormaient devant  la gare, certains ont été la proie des passeurs professionnels et sont partis, d’autres ont été interpellés par la police, transportés en bus à  l’aéroport de Génes (super-militarisé pour l’occasion me dit on), où ils ont été embarqués en direction  des  centres  « d’accueil » du sud de l’Italie qu’ils fuyaient.
Un petit  groupe s’est retranché sous le pont de la Roya près de la plage de Vintimille et sont terrorisés.

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« Maman, papa, on dort où ce soir ? » – lettre aux responsables politiques

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Lettre ouverte adressée par le RESF 06 (Réseau Education Sans Frontières)

 A Monsieur le Président de la République, à mesdames et messieurs les ministres de l’Intérieur, des Affaires Sociales, de la Santé, de l’Éducation Nationale, de la Justice, de la Défense, à Monsieur le Défenseur des Droits, à tous nos responsables politiques, aux responsables de l’Administration, aux citoyen-ne-s de ce pays et d’ailleurs.

« Maman, papa, on dort où ce soir ? »

Phrase maintes fois entendue dans la bouche de gamins dont les parents ont quitté leur pays d’origine pour fuir la guerre, les violences, la misère…
Arrivés au pays des Droits de l’Homme, après de multiples voyages pas vraiment touristiques, ils espéraient enfin connaître le repos et retrouver un sentiment de sécurité nécessaire quand on est un enfant, et d’autant plus un enfant déraciné.

Et pourtant…

Dans notre département, des enfants aujourd’hui dorment dans la rue avec leurs parents venus demander l’asile ou tenter de trouver une vie meilleure, sans peur, sans faim, sans discrimination, en France, 5ème ou 6ème puissance mondiale, c’est selon, pas vraiment le Bangladesh ou l’Érythrée…
Comment peut-on  laisser dormir des enfants dans la rue dans un pays aussi riche ?
Comment peut-on tolérer que, ces jours-ci, à Nice, une femme enceinte de 9 mois, à une semaine d’accoucher, isolée et accompagnée de trois jeunes enfants, soit laissée dehors par les services de l’État censés mettre les personnes en état de fragilité à l’abri, et ceci sans conditions.
Des enfants qui, comme beaucoup d’autres, faute d’hébergement, et donc d’adresse, ne seront pas inscrits à l’école pourtant obligatoire.
Et puis comment aller à l’école quand on dort dans la rue, ou dans un squat, ou un appartement surpeuplé où des hommes et des femmes, par pitié ou par solidarité, les auront hébergés quelques jours ?

Qu’on ne nous dise pas qu’on ne peut accueillir toute la misère du monde, il ne s’agit pas ici de cela.
Il s’agit ici d’un droit qui n’est pas respecté ; ce droit s’applique à tous, français ou étrangers ; le droit à l’hébergement est un droit fondamental reconnu par les plus hautes instances de notre pays, de l’Europe et au niveau international.
Au-delà du droit, la simple humanité devrait nous empêcher de voir des situations où des enfants ici et aujourd’hui ont froid, ont faim, ont peur, parce qu’ils n’ont pas de toit sur la tête, pour de soi-disant questions de budgets, de place d’hébergement  insuffisantes, de crise économique…
La France consacre 32 milliards aux dépenses militaires, 16,8 milliards à la pauvreté et exclusion sociale, et 17,7 milliards au logement (Source : données issues des comptes de la protection sociale 2015, données 2013).

Parmi d’autres, entendez les réflexions de G. (6 ans), «Quand la maison a brûlé, on est parti avec papa et maman ; ils m’ont dit qu’on allait dans un pays où on serait en sécurité, où on n’aurait plus peur, où on pourrait dormir sans sursauter à chaque bruit, où j’irai à l’école et où il ferait bon vivre. Ils ne m’avaient pas dit qu’on dormirait dehors et qu’on devrait aller aux soupes populaires pour manger. J’avais des rêves, mais aujourd’hui je fais des cauchemars toutes les nuits».

Aujourd’hui, face à toutes ces maltraitances nous disons «ça suffit ! », et nous exigeons que des solutions soient apportées à ce scandale. Devra-t-on, en 2016 à Nice, accoucher dans la rue sur des couvertures apportées par un 115 débordé et impuissant ?
Devra-t-on encore voir des mineur-e-s isolé-e-s provenant de pays en guerre, être jetés à la rue parce que le Conseil Départemental se dit saturé, comme nous l’avons vécu ces dernières semaines ?
La France aurait-elle renoncé à appliquer  la Convention Internationale des droits de l’enfant, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Convention de Genève… ?

L’absence de réponse des services de l’état, du département, de la commune, est inadmissible ; les droits humains sont violés chaque jour.
S’il n’y a plus de place dans les CADA (Centre d’Accueil pour les Demandeurs d’Asile), les hôtels, et autres hébergements d’urgence, Monsieur le Préfet, comme vous en avez le pouvoir, REQUISITIONNEZ !
Il y a dans cette même ville et ce département des milliers de logements, des milliers de bureaux neufs, des immeubles appartenant à l’état, au département et à la ville, VIDES !
Des hommes, des femmes, des enfants en demande d’asile dorment sur la plage, dans les jardins, dans la rue ; il est de votre devoir et du devoir de l’État de les héberger dans des conditions dignes.
Vous en avez le pouvoir, alors AGISSEZ !

Nous sommes las et indignés de devoir suppléer vos carences en tentant d’apporter un peu d’humanité, sans aucuns moyens. Notre longue patience est terminée.

RESF 06 ( AdN est membre de RESF06 )

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