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La frontière de tous les dangers

« Nous ne sommes pas à la hauteur de ce que doit être la France, dans la façon dont nous mettons en place des moyens pour accueillir les demandeurs d’asile et ceux qui, ayant obtenu l’asile, deviennent des réfugiés », a déclaré Edouard Philippe.
Des actes, assez des paroles !

Depuis la fermeture de la frontière en juin 2015, de nombreux réfugiés ont péri en tentant de la franchir, ou en attendant de passer.

06/09/2016 : un jeune homme d’origine africaine chute depuis le viaduc de Ste Agnès en tentant d’échapper aux forces de l’ordre.

07/10/2016 : Milet, 17 ans et Erythréenne est percutée par un camion sur l’autoroute.

21/10/2016 : un jeune homme est percuté par une voiture sur l’autoroute A8.

22/11/2016 : Alimonu Kingsley, Nigérian de 23 ans, se noie, emporté par la Roya.

23/12/2016 : un jeune algérien d’environ 25 ans est percuté par un train à Latte.

04/01/2017 : Mohammad Hani, Lybien de 26 ans, est percuté par un scooter à Vintimille.

05/02/2017 : Un jeune homme nord-africain, entre 20 et 25 ans, est percuté par un train dans le tunnel de Dogana.

17/02/2017 : un homme est électrocuté sur le toit du train venant de Vintimille. Il est retrouvé au centre de maintenance de Cannes La Bocca.

19/03/2016 : un homme africain, hébergé au camp géré par la Croix Rouge Italienne, tombe du Pas de la Mort. Son corps est retrouvé le 21 mars.

19/05/2017 : Un homme malien de 30 ans est électrocuté dans le compartiment technique du train venant de Vintimille.

23/05/2017 : Un homme sénégalais est retrouvé électrocuté dans le compartiment technique du train venant de Vintimille.

13/06/2017 : un jeune soudanais âgé de 16 ans meurt noyé à Vintimille, dans la mer, à l’embouchure de la Roya.

12/07/2017 : un jeune Gambien de 23 ans, heurté par un camion sur la via Aurelia entre la frontière et Vintimille. Selon des témoins, il était seul et la police a indiqué qu’il avait été reconduit en Italie par la police française il y a quelques jours.

De nombreux autres migrants ont été blessés, parfois très gravement lors du passage de la frontière, et ont été accueillis dans des hôpitaux français et italiens.

« Nous devons être plus déterminés à intercéder auprès des puissants, dont tu es une autre victime, afin qu’ils se préoccupent de la vie humaine, des personnes pauvres, de la paix et de la justice globale et pas seulement des intérêts économiques et du bien être d’un petit nombre. » – Omélie du Père Don Rito lors des obsèques de Milet.

Le droit d’association et la solidarité attaqués.

Pour des raisons administratives internes au tribunal, le procès du 18 juillet est reporté à une date ultérieure non précisée (pas avant le mois de septembre au plus tôt).

Cependant, dans le contexte de ce climat de harcèlement politique,
policier et judiciaire, Roya citoyenne et les avocats qui la défendent
ont décidé de maintenir une conférence de presse devant la Palais de Justice de Nice à 9 heures le matin du mardi 18 juillet.

COMMUNIQUE DE PRESSE, Roya citoyenne, le 12 juillet 2017.
     Le droit d’association et la solidarité attaqués

Suite à une plainte déposée par le candidat soutenu par le Front National aux législatives, Olivier Bettati, relayée par une association, créée pour la circonstance, dénommée « Défendre la Roya », l’association Roya citoyenne est citée à comparaître devant le Tribunal de Nice ce mardi 18 juillet 2017 à 9 heures.

Dans l’acte d’accusation qui repose sur des appréciations mensongères et fantaisistes, ils demandent la dissolution de Roya citoyenne et 5 000 € au titre de l’article 700 du Code de procédure civile. Il s’agit là d’une remise en cause très grave de toute action de solidarité envers des personnes en danger, mais aussi du droit d’association.

Fuyant les guerres et les dictatures dans leur pays, de nombreux réfugiés, bloqués à la frontière franco-italienne, prennent tous les risques pour la franchir malgré un imposant dispositif militaire et policier (une quinzaine de morts et de blessés en un an).

Des citoyens bénévoles réunis au sein de l’association Roya citoyenne font ce qu’ils peuvent pour les accueillir, les soigner, les héberger et les aider à faire valoir leurs droits fondamentaux, droit de protection de l’enfance et droit d’asile, constamment bafoués par les forces de police.

Malgré les menaces et les nombreuses violations du droit que l’État et le Préfet ne peuvent ignorer, des progrès ont été obtenus et Roya citoyenne continue de se substituer aux carences de l’État.

C’est cela qui est insupportable pour l’extrême droite, et cette attaque sur le plan judiciaire s’inscrit dans un dangereux contexte de menaces et d’agressions, comme en témoignent les menaces de mort reçues par notre avocate Mireille Damiano, que nous assurons de notre total soutien.

Forts de notre bon droit, nous sommes confiants dans la justice, car, au-delà de cette attaque contre la solidarité, c’est le droit même d’association qui est remis en cause.

Dans l’enceinte du Tribunal de Grande Instance, par l’intermédiaire de nos avocats, deux conceptions différentes de la société vont s’affronter .

 

Une histoire tristement quotidienne.

Malgré 2 mois bloquée en Italie Fatou vient de m’annoncer toute heureuse qu’elle a eu son bac avec mention. Voici son Histoire tristement quotidienne.

Fatoumata (appelons la Fatou) est de nationalité sénégalaise. Mais Fatou n’a jamais vu le Sénégal. Elle est née en Italie dans une grande ville du nord . Depuis 5 ans, elle vit dans une grande ville du sud de la France , avec sa mère, depuis la séparation de ses parents. Inscrite dans un lycée de la ville, elle est en terminale et a de bons résultats scolaires.
En février 2017, elle doit renouveler sa carte de libre circulation en Europe et retourne en Italie. Elle en profitera pour voir son père et passera quelques jours dans une famille qu’elle a connue dans son enfance.
On lui déclare, quand elle fait sa demande de renouvellement, que la carte n’arrivera que dans quelques semaines à son adresse en France, mais qu’on lui délivre un récépissé qui lui permettra de circuler librement.
Les vacances finies elle retourne en France. Ou plutôt, elle prend la direction de la France…. Où elle ne pourra entrer.
A la frontière de Menton, elle rencontre un groupe de policiers qui l’interpellent puisqu’elle est « de couleur ».
On examine ses papiers.
La plupart des policiers sont prêts à lui permettre l’accès au pays. Sauf que… Sauf que celui qui semble être, selon Fatou, le chef du peloton ne l’entend pas ainsi et lui interdit l’accès. Il lui ordonne ensuite de prendre ses affaires (deux grosses valises) et de se débrouiller pour retourner d’où elle vient. Comme elle prend quelques instants pour retrouver ses esprits et se préparer à partir, le pandore obtus lui enjoint de « se dépêcher » et la menace de sa matraque.
« J’ai marché 5 heures en direction de Vintimille, et j’ai longtemps cherché à revenir chez mes amis en Italie.
Pendant un mois, elle ne peut suivre ses cours et RESF 13 nous informe de sa situation. Démarches auprès des avocats, constitution d’un dossier.
Nous sommes allés chercher Fatou à Imperia où ses amis l’avaient amenée afin qu’elle ne subisse pas une nouvelle arrestation.
Nous avons passé la frontière à La Turbie sans encombre. Si Fatou avait pris le train, elle aurait sans doute connu plus d‘ennuis.
Après le péage de La Turbie, en regardant le groupe de policiers, Fatou s’est écriée : « il est là le monsieur qui m’a empêché de rentrer en France le mois dernier ».
Sourires condescendants pour ce fonctionnaire zélé. RESF06