Nice : un ministère très à la droite de Dieu ?

Une soirée chez Jorge
Le 12 octobre dernier s’est tenue à Nice une présentation du livre ‘La France interdite‘, de Laurent Obertone, dans la salle des Abbés du Forum Jorge François, faisant lui-même partie de la paroisse Saint-Ambroise (église Saint-Pierre d’Arène) à Nice. Selon la page facebook associée à la soirée : « Un livre choc, une vraie bombe pour la bien-pensance, une enquête sur un sujet tabou : LA DISPARITION D’UNE NATION ! ». Cet auteur, se présentant comme journaliste indépendant et écrivant sous un pseudonyme, vit son livre précédent (‘La France orange mécanique‘) promu activement par Marine Le Pen. Traité de blogueur raciste par Mediapart, Obertone attaque le media en 2013 mais se désiste finalement « pour raisons personnelles ». Son éditeur, Ring, publie également les bandes-dessinées de Marsault, souvent considéré à l’extrême droite, qui sera jugé en 2019 pour « provocation publique à la haine et à la violence en raison du sexe« . Cette maison d’édition fut créée à la suite de la publication du magazine « Sur le ring », dont un des buts était de « poser une bombe dans la sale ambiance humaniste ». D’après un témoignage photographique de cette présentation, on voit l’auteur faisant face à un public de dos, mais assis aux côtés de Mme Alexandra Masson-Bettati (épouse d’Olivier Bettati, ex-candidat FN). Bryan Masson (Front National Jeunes de Nice, Génération Nation 06) pose également à côté de l’auteur et son livre sur un autre cliché, avec trois autres membres de son mouvement. Cette visite niçoise intervient deux jours après une présentation donnée par Obertone à l’ISSEP (l’institut de sciences politiques ouvert par Marion Maréchal Le Pen).

Saint-Pierre s’habille en Pradal
Une fois les acteurs plus ou moins identifiés, passons au complément circonstanciel de lieu. Le Forum Jorge François est un lieu immense, occupant 1400 mètres carrés intégralement rénovés dans les sous-sols de l’église Saint Pierre d’Arène. Ouvert en décembre 2014, le Centre Culturel et Diaconie Saint-Pierre d’Arène (association déclarée en préfecture en 2012) put le financer comme suit : paroisse – 1 million € ; mairie de Nice – 1,5 millions € par subvention ; conseil général – 500.000 € par subvention. En sus, le 14/02/2013, la Ville de Nice a consenti à titre gratuit un bail pour les locaux situés rue de France, estimé à 7000 € annuels. Pour les autres associations de Nice, il faudra faire vœu de pauvreté.
Puisqu’on parle de gros sous, on voit un même nom de famille revenir plusieurs fois quand on s’intéresse aux comptes de l’association et du projet. Mme Anne Pradal (décédée en 2012) fut la première donatrice. Son époux, Alain Pradal, est actuellement l’économe paroissial. Quant à Philippe Pradal, un des fils, il est le gérant du cabinet d’expert-comptable travaillant pour la Diaconie (du moins pour l’année 2014). Il fut en outre Trésorier de l’association jusqu’en 2013, puis administrateur. En outre, il devient conseiller municipal subdélégué aux comptes publics en 2008, premier adjoint en 2013 puis, réélu en 2014, il retrouve son poste de premier adjoint au maire, notamment délégué aux finances. Enfin, il remplace brièvement C. Estrosi au poste de Maire lorsque celui-ci devient président de la région PACA. La fiche de déclaration d’intérêts qu’il transmet auprès de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique, établie en mai 2017, mentionne ces possibles conflits d’intérêts.

Du spirituel aux spiritueux
Côté spirituel, on trouve de bien curieux personnages. Le père Gil Fiorini, bien évidemment ; lui, c’est un peu le marchand que les coups de pied au cul donnés par Jésus n’ont pu chasser du Temple. Produisant son ‘pastis de Nice’, il dispose d’un site de vente en ligne et d’une grande boutique dans le centre-ville. L’homme ultra-médiatique bénit également les animaux et téléphones portables, ou n’importe quoi d’autre qui puisse faire entrer du monde dans ‘son’ église.

Messe noire pour artistes d’opérette
Mais, pour en revenir à l’objet premier de cet article, il faut également se pencher sur le cas de l’aumônier des artistes Yves-Marie Lequin, son acolyte Dominicain. Celui-ci officie la Messe des Artistes annuelle. Cette célébration est un concept que l’on doit à Adolphe Willette en 1914 : antidreyfusard durant l’affaire Dreyfus, collaborateur du journal « La libre parole illustrée » publié par le politicien antisémite Edouard Drumont, il se présente 1889_French_election_poster_for_antisemitic_candidate_Adolphe_Willetteégalement aux élections législatives de 1889 à Paris, avec une affiche qui ne laisse guère de doute (voir ci-contre). Un square parisien (au pied du Sacré Coeur) portera cependant son nom à partir de 1927, et deviendra d’ailleurs un lieu de rassemblement des catholiques intégristes de Saint Nicolas du Chardonnet chaque lundi soir de Pentecôte. Plusieurs voix s’élèvent au sein du Conseil de Quartier Montmartre (qui propose une liste de noms alternatifs pour ce square le 25 mars 2003), et un vœu est déposé le 23 juin 2003 au Conseil Municipal du 18° Arrondissement afin de débaptiser ce lieu (« La nomination du square nommé Willette posait un problème et a sûrement, pendant de nombreuses années, choqué celles et ceux qui estimaient que c’était quand même extrêmement dommageable, le mot est faible, mais je n’en trouve pas d’autres » – Mme Lepetit, Conseillère). Ce vœu est adopté à l’unanimité. Le square sera rebaptisé (résolution adoptée lors du Conseil du 1° décembre 2003) « Square Louise Michel« , le 28 février 2004.  Tous ces ‘détails’ affligeants sont malheureusement absents de la biographie qui lui est consacrée sur le site des Dominicains de Nice. Malgré nos avertissements répétés depuis 2014 (et annuels, eux aussi), relayés par une sphère artistique pourtant de plus en plus large, on y retrouve encore de trop nombreux créateurs (plasticiens et plasticiennes, danseurs et danseuses, acteurs et actrices de théâtre ou d’opérette) qui trouvent là l’occasion de se greffer un peu de lumière. Les médias locaux valent sans doute bien une messe !

Fachosphère ! Fachosphère ! Est-ce que j’ai une gueule de fachosphère ?
Quand on regarde de plus près la page web de Frère Lequin lui-même, on note également cette phrase apparaissant dans sa biographie (oui, il parle bien de lui-même à la troisième personne): « Il a travaillé dans le domaine esthétique avec Julia Kristeva, Renaud Camus, le peintre Jean-Paul Marcheschi, l’écrivain Emmanuel Carrère« . Ce sont les quatre seuls artistes cités en sus de Willette. Renaud Camus, c’est l’instigateur de la théorie ‘du grand remplacement’ chère à Marine Le Pen (qu’il a soutenue) et à tous les complotistes de la fachosphère. La rencontre entre Lequin et Renaud Camus date de 1997, lors des Devisées de Plieux, se déroulant au Château du même nom, domicile de Renaud Camus. On en trouve la trace dans son ouvrage ‘Derniers jours – Journal de 1997‘ (publié en 2002). En mars 2013, Renaud Camus fait partie des invités d’une soirée donnée par… le peintre Jean-Paul Marcheschi à laquelle étaient également conviés Alain Finkielkraut, Pierre Sautarel (créateur du site identitaire Fdesouche), Elisabeth Lévy (Causeur), Richard Millet (auteur qui considère Anders Breivik comme « tout à la fois bourreau et victime »),  Christine Tasin (Résistance Républicaine) et son mari Pierre Cassen (fondateur du site riposte laïque) (source : La Fachosphère. Comment l’extrême droite remporte la bataille d’Internet, par Dominique Albertini et David Doucet). Le Diable se cache donc peut-être dans ces quelques détails.

Quelques lectures :
https://www.lesinrocks.com/…/ring-l%c3%a9diteur-trash-qui-…/
https://blogs.mediapart.fr/…/laurent-obertone-se-desiste-de…
https://www.arretsurimages.net/…/cyber-demasque-par-mediapa…
https://larmurerie.wordpress.com/…/la-france-orange-mecani…/
http://tantquillefaudra.org/…/…/ring-l-editeur-au-coeur-de-l
http://www.lesdominicains.com/messe-des-artistes/

http://www.yvesmarielequin.com/yves-marie-lequin/